Prise en charge des résidents dans les maisons de retraite : un accélérateur vers la dégradation ?

En 2009, cinq ans après le diagnostic alors que l’état cognitif de ma mère allait en se dégradant et que mon père était de plus en plus épuisé, notre intervenante sociale nous a dit « il faut envisager le placement, ainsi votre maman sera prise en charge par du personnel formé et vous pourrez être uniquement dans la relation d’amour avec elle« . Mon père n’avait jamais pu s’y résoudre, il y a laissé sa peau.  A son décès en 2011, j’ai du donc prendre cette impossible décision. Ma mère a intégré une maison de retraite avec label de bientraitance, s’il vous plaît, où  elle a résidé 5 ans. Son état de santé s’est dégradé de manière visible au bout de 21 mois (1 an et 9 mois), mais dès son arrivée,  elle a perdu 9 kg. A l’heure du bilan, j’ai certainement sauvé ma vie, mais le sentiment de culpabilité d’avoir abandonné ma mère continue de me ronger insidieusement. Loin de moi l’idée de dénigrer cet établissement qui a fait le maximum avec les moyens qui lui ont été donnés, mais au vu de certaines constations,

je me demande si la décision que j’ai prise n’a pas accéléré la dégradation et le départ de ma mère, mais avais-je vraiment le choix ?

Alimentation : trop peu de soignants, ils ne peuvent consacrer plus de 10 minutes par personne à chaque repas: la dénutrition  s’est installée rapidement malgré les compléments protéinés en jus et la mise en place d’auxilliaires de vie extérieures pour l’aide au repas.

Personnel formé : de moins en moins pour s’adapter aux budgets toujours revus à la baisse.

Traitement médical : antidépresseurs et anxiolityques sont monnaie courante pour supporter la maladie, (ils ajoutent à la confusion de la personne, on ne sait plus bien si c’est la démence qui évolue ou le traitement qui a cet effet, certainement un mix des deux) malheureusement les médecins impuissants face à cette maladie ne savent pas faire autrement. La mise en place de solutions non médicamenteuses sont plus coûteuses et réservées à des maisons de retraite d’élite. A cela s’ajoutent des calmants quand la personne est agitée pour qu’elle ne perturbe pas trop le fonctionnement de l’unité et ne donne pas un surcroît de travail aux soignants déjà en nombre insuffisant (à mon sens).  Nous n’avons plus notre mot à dire concernant les traitements, encore une chance si on nous informe de ce qui est mis en place (et j’ai eu cette chance : tomber sur un médecin à mon écoute et qui a accepté de déprescrire)

L’hygiène dentaire : une catastrophe (pour les détails voir Les dents de ma mère : des difficultés à maintenir une hygiène dentaire en institution) surtout quand on lit la suspicion d’un possible lien entre manque d’hygiène dentaire et risque accru de développer une démence. ( source  La  Croix le 24/1/2017 : Se brosser les dents pour éviter la maladie d’Alzheimer ?

Alors la réponse à cette question est oui, mais c’était la solution la moins pire possible car à l’heure actuelle, il n’y a pas de « bonne solution ».

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