Dents et Alzheimer ? Serait-ce encore une histoire de microbes ?

Si de nombreuses études ont établi un lien entre démence et détérioration ultérieure de la santé bucco-dentaire, peu ont examiné la maladie buccale comme un facteur de risque potentiel dans le développement de la démence. En 2007, les chercheurs de l’Université du Kentucky ont utilisé les données recueillies auprès de 144 participants de « The Nun Study », une étude sur le vieillissement et la maladie d’Alzheimer chez les Sœurs de l’école de Notre Dame dans la province de Milwaukee. L’âge des participants variait entre 75 et 98

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ans. Parmi les participants qui n’avaient pas de démence au premier examen (des examens annuels sur une période de 12 ans), ceux qui avaient peu de dents – de zéro à neuf – avaient un risque accru de développer une démence, par rapport à ceux qui avaient 10 dents ou plus ». L’association entre perte dentaire et démence pourrait résulter de maladies parodontales et de carences nutritionnelles précoces, d’infections ou de maladies chroniques pouvant entraîner simultanément une perte de dents et des lésions cérébrales. Ces résultats sont à confirmer par une étude approfondie.
 Tooth loss, dementia and neuropathology in the Nun Study a été publié dans le numéro d’octobre 2007 du Journal de l’American Dental Association (JADA).

En 2013, une nouvelle étude sur le sujet Dentition, Dental Health Habits, and Dementia: The Leisure World Cohort Study est menée en Californie : 5478 personnes dont l’âge médian est de 81 ans ont été suivis entre 1992 et 2010. Le suivi portait sur le nombre de dents naturelles, la présence de prothèses dentaires, le nombre de visites chez un dentiste et l’hygiène bucco-dentaire. Résultats : Les hommes ayant une fonction masticatoire naturelle inadéquate et qui ne portaient pas de prothèse dentaire présentaient un risque de démence plus élevé de 91%  que ceux ayant une fonction masticatoire naturelle adéquate (≥ 10 dents supérieures et ≥ 6 dents inférieures). Ce risque était également plus élevé chez les femmes, mais pas de façon significative. Les personnes dentées qui ont déclaré ne pas se brosser les dents tous les jours avaient un risque accru de 22% à 65% de développer une démence que celles qui se brossaient les dents trois fois par jour. Les chercheurs pensent, bien qu’il ne soit pas encore possible d’établir  une corrélation définitive. : »que les bactéries liées aux maladies des gencives pourraient pénétrer dans le cerveau, y causer une inflammation et l’endommager ». Encore une histoire de microbes ?

Conclusion : Conserver des dents naturelles, saines et fonctionnelles et avoir une bonne hygiène dentaire serait associé à un risque plus faible de démence chez les personnes âgées.

Une étude chinoise sur le vieillissement de Shanghai portant sur 3 063 personnes âgées de 60 ans ou plus va dans le même sens : la perte de 16 dents ou plus a été associée à une grave déficience cognitive chez les personnes âgées chinoises. Une mauvaise santé buccodentaire pourrait être considérée comme un facteur associé aux symptômes neurodégénératifs. Source : Association between Tooth Loss and Cognitive Function among 3063 Chinese Older Adults: A Community-Based Study

Maladie parodontale et Alzheimer

De plus en plus de recherches établissent un lien entre maladie parodontale et maladie d’Alzheimer. Une étude a mis en évidence la présence de substances (lipopolysaccharides)  à la surface de la bactérie Porphyromonas gingivalis (impliquée dans la parodontose) dans le tissu cérébral de quatre sur dix personnes récemment décédées qui avaient la maladie d’Alzheimer. La présence de ces lipoplysaccharides dans le cerveau peut provoquer une inflammation. Cela à son tour pourrait déclencher une cascade biologique qui peut être liée aux changements du cerveau associés à la maladie d’Alzheimer. L’article de 2013 Is Alzheimer’s Really Linked to Poor Dental Health? s’interroge : le nombre de sujets est extrêmement faible pour arriver à une conclusion définitive, et la découverte aurait pu se produire simplement par hasard statistique. Seulement quatre des 10 sujets atteints de la maladie d’Alzheimer avaient de tels changements, pas 10 sur 10. Si la parodontose était la cause de la MA, on devrait trouver systématiquement des lipopolysaccharides dans le cerveau. Par ailleurs l’apparition de la démence entraîne souvent une hygiène dentaire moindre et une alimentation modifiée, qui pourrait être cause de l’apparition de la parodontose, et ce serait donc la parodontose qui générerait alzheimer et non l’inverse. Qui de l’oeuf ou de la poule est apparu en premier ?

Une étude plus récente de novembre 2016 Porphyromonas gingivalis suppresses adaptive immunity in periodontitis, atherosclerosis, and Alzheimer’s disease décrit Porphyromonas gingivalis, comme un pathogène clé de la parodontite chronique, associée à des pathologies inflammatoires à organes distants, y compris l’athérosclérose et la maladie d’Alzheimer (MA). Une grande partie de son pouvoir pathogène est étonnamment liée à l’immunosuppression globale de l’hôte. Ce qui semble confirmer cette piste avec un nouveau figurant sur la liste sans cesse plus longue des microbes impliqués dans les pathologies cognitives.

De quoi avoir une quenotte contre Alzheimer non ? En attendant confirmation  » Y’a qu’une dent sur la mâchoire à Jean » n’est pas un bon plan!  A vos brosses à chicots !



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