Mourir en catimini

Un an après l’arrivée de ma mère dans l’unité de vie protégée, cinq personnes étaient décédées; cinq autres avaient pris leurs places. Ca fait bizarre, un jour j’arrive et la voisine de chambre de ma mère n’est plus là, un nouveau résident siège à table en face d’elle. Cela ressemble au polar d’Agatha Christie « les dix petits nègres ». On va aux nouvelles, parce que tout se passe dans le silence le plus total. Pas de petite annonce pour accompagner le départ de celui qui est parti, pas de message de bienvenue vis-à-vis du nouvel arrivant.

Une fois j’ai même aperçu une infirmière qui évacuait rapidement un lit entièrement  recouvert d’un drap vers l’ascenseur du fond alors que les autres résidents prenaient tranquillement leur repas.

Parfois ils font juste un séjour à l’hôpital et on est content de les voir de retour. Parfois, quand le décès est récent et que la personne avait sa chambre dans la même partie du bâtiment, on est au courant car les meubles sont dans le couloir, le nom a disparu sur la porte, mais sinon c’est aux nouvelles têtes dans la salle à manger ou au salon qu’on sait qu’il y a eu un décès.

D’autres maisons de retraite font une cérémonie, le cercueil sort par la porte d’entrée, le personnel et les résidents sont présents pour dire aurevoir et rendre un dernier hommage à la personne qui a résidé là les dernières années de sa vie.

Alors que j’en faisais la réflexion à la psychologue de l’établissement, elle m’a répondu :  « Etant donné que les gens meurent beaucoup dans ces endroits, on ne veut pas stresser ceux qui restent, mais la direction est en réflexion sur le sujet« .

Quelques mois plus tard et alors que je reposais la question,  on m’a informée que la rubrique nécrologique se trouverait dorénavant sous l’étagère en sortant de l’ascenseur, mais j’ai eu beau regarder, aucune annonce n’était faite bien que les personnes continuaient de disparaître.

Même désorientés, ils doivent bien se rendre compte que certains ne sont plus là et que les meubles prennent l’air ailleurs que dans la chambre ! Et puis me concernant, non seulement c’est stressant mais j’aurai aimé présenter mes condoléances aux familles que j’ai cotoyé même brièvement, avec lesquelles j’ai partagé des bouts d’histoires de vie.

Mais ce n’est pas facile, si on commence à parler un peu plus de la mort et à la préparer (cf l’article de silver eco :   Observatoire de l’âge : la mort, la fin d’un tabou ? ) comment en parler avec des personnes désorientées qui ne sortiront d’une unité de vie protégée que les pieds devant ? Ma tante vient de décéder cette semaine, elle était la meilleure amie de ma mère avant de devenir sa belle soeur. Je n’ai pas su lui en parler.

J’avoue que la question est délicate et je suspends mon jugement, surtout depuis que j’ai lu un passage du discours sur le bonheur de Mme du Chatelet.

Ma maman est décédée le 24 septembre dernier, aussi je peux compléter ce post avec mon vécu. J’ai eu la chance de pouvoir l’accompagner jusqu’au bout avec l’aide de l’équipe soignante. Ma maman a été ensuite placée dans une chambre mortuaire, puis dans la salle des adieux où a eu lieu la levée du corps et une petite cérémonie. Plusieurs membres de l’équipe de soignants sont venus tour à tour se recueillir, lui dire aurevoir et me présenter leurs condoléances. J’en ai été très touchée.  Même si cet accompagnement n’est pas visible aux yeux des résidents et de leur famille, il est cependant bel et bien là!

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