« Il nous faut éviter avec soin tout ce qui peut nous rappeler l’idée de la mort… » Emilie du Châtelet

Pour faire suite à mon post Mourir en catimini sur le fait de parler ou non de la mort en maison de retraite, et alimenter la réflexion voici un passage extrait du « discours sur le bonheur » de Mme du Châtelet.

La mort, par exemple, est l’idée qui nous afflige toujours, soit que nous prévenions la nôtre, soit que nous pensions à celle des gens que nous aimons. Il nous faut donc éviter avec soin tout ce qui peut nous rappeler cette idée. Je suis bien opposée à Montaigne qui se

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Emilie du Châtelet source image wikipedia félicitait  tant de s’être tellement accoutumé à la mort qu’il était sûr de la voir de près sans être effrayé. On voit par la complaisance avec laquelle il reporte cette victoire qu’elle lui avait coûté beaucoup et en cela le sage Montaigne avait mal calculé : car assurément c’est une folie d’empoisonner par cette idée triste et humiliante une partie du peu de temps que nous avions à vivre, pour supporter plus patiemment un moment que les douleurs corporelles rendent toujours très amer, malgré notre philosophe ; d’ailleurs qui sait si l’affaiblissement de  notre esprit, causé par la maladie ou par l’âge, nous laissera recueillir le fruit de nos réflexions, et si nous n’en seront pas pour nos frais, comme il arrive si souvent dans cette vie ? Ayons toujours à l’esprit quand l’idée de la mort nous revient ce vers de Gresset : « la douleur est un siècle, et la mort un moment« .

Emilie du Châtelet : Discours sur le bonheur Edition Rivages Poche 2014 p. 56 (publié en 1747.)

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