Chanter a été longtemps le mode d’expression principal de ma mère

Avec une chanson fétiche « la java bleue » allez savoir pourquoi ! Il nous arrivait d’entendre cette chanson 50 fois par jour, mon père n’en pouvais plus. Mais chanter calmait ma mère. C’était encore quelque chose qu’elle pouvait faire.

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concert juin 2007

Dès l’annonce de la maladie, nous nous sommes inscrites à une chorale (normale) qui nous a accueilli ma mère et moi pendant 7 ans. Grâce à la souplesse de notre chef de choeur et à la bienveillance du reste du groupe nous avons pu partager cette activité au sein d’un groupe qui n’était pas typifié « alzheimer » et rester un minimum socialisées. Une des difficultés dans cette maladie est la solitude grandissante dans laquelle mes parents se sont retrouvés au fur et à mesure de l’avancement de la pathologie: leurs amis étaient soit aussi devenus vieux ou alors les  fuyaient.  Je dînais le lundi soir avec mes parents et emmenais ma mère à la chorale ensuite. Elle chantait dans les alti, moi dans les sopran. De temps en temps je faisais un saut dans leur groupe pour remettre les lunettes sur le nez de ma mère, lui remettre la partition à la bonne page pour finir les deux dernières années à chanter alti moi aussi. Le clou final était notre concert de fin d’année. Je garde un merveilleux souvenir de ces moments, des pauses où on oubliais que ma mère oubliait. Elle avait une voix magnifique. Nous chantions tout le temps. Mon père lui mettait des disques Cd, cassettes de toutes les mélodies qu’elle aimait. Nous cherchions les paroles sur Internet et cela nous occupait agréablement lors des nombreux moments que nous passions ensemble. Nous avons même embauché Stefka, notre chef de choeur pour venir nous donner quelques cours particuliers à domicile quand l’état de ma mère était devenu plus difficile à gérer dans un groupe collectif.

Une autre chanson la mettait toujours de bonne humeur : « la cumparsita ».  Lors de son arrivée en maison de retraite, j’avais briefé les aides soignantes sur l’effet miraculeux de ce tango sur ma mère, pour la faire manger ou lui laver les dents quand elle n’ouvrait pas la bouche. J’arrivais à la faire lever de son fauteuil pour quelques pas dans le couloir ou au jardin au rythme de cet air cadencé.  J’ai entendu une aide soignante marmonner entre ses dents « ll ne manquerait plus que ça! » et oui chanter ne faisait pas partie de son contrat! Certaines personnes ont honte de leur voix, j’étais de celles là d’ailleurs. Je peux dire que ma mère m’a aussi guérie de ça : le peur de chanter : ça a vraiment fait une différence pour elle et pour moi!

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