Combien de résidents par soignant ? Quotas dans les EHPAD : une cote mal taillée ?

Comment va-t-on s’occuper de votre parent ? Passage obligé par une question épineuse : combien de soignants pour combien de résidents ? Quand ma mère est arrivée, il me semblait qu’il y en avait 1 pour 7, puis ce fut 1 pour 9. Au final, peu de temps pour s’occuper de chacun et pas plus de 10 minutes à consacrer par personne pour l’aide aux repas. Or ma mère ne mange plus seule depuis longtemps.

aide-soigante

 

Lorsque j’ai visité d’autres maisons de retraite, axant mes questions précisemment sur ce point, en rapport avec la difficulté de ma mère à s’alimenter seule, la réponse a toujours été la même: 1 soignant pour 10, on est en conformité ! Finalement dans la maison de retraite où elle se trouve, c’est même mieux qu’ailleurs puisqu’ils sont 1 pour 9, mais dans une unité où les personnes sont totalement dépendantes.

J’ai cherché dans quel texte réglementaire ou normatif je pourrais trouver cette conformité à laquelle tous mes interlocuteurs se raccrochaient. Rien sur Légifrance, rien sur le site de l’Afnor et pour cause : il n’y en a point. Il y a bien une loi du 2 janvier 2002, qui « impose des normes strictes, tant au niveau du règlement intérieur que pour l’aménagement des locaux. Mais rien en ce qui concerne le taux d’encadrement des pensionnaires. » source

Alors à quoi se réfère-t-on quand on parle de conformité ? Je n’ai trouvé que des références à des taux d’encadrement. D’après ce que j’ai pu voir sur les différents documents consultés, la conformité se mesure à l’aune d’une moyenne générale des taux d’encadrement observée sur l’ensemble des établissements. On peut donc être dans la moyenne, en dessous ou au dessus sans être sanctionné puisqu’il n’y a pas de législation, d’où l’intérêt de comparer l’offre des maisons de retraite très attentivement.

Qu’est-ce que ce fameux taux d’encadrement ? Il s’agit d’un ratio, c’est le nombre d’emplois directs en équivalent temps plein par rapport au nombre de résidents accueillis. Pour compliquer la situation, on trouve souvent un taux d’encadrement global  qui regroupe toutes les fonctions présentes dans l’EHPAD : tous les salariés appartenant aux pôles administratifs, de restauration, d’animation, d’hébergement et de soins sont prises en compte dans ce calcul. Par exemple: l’observatoire des EHPAD de 2014 cite p. 56 un taux d’encadrement global de 0,59 pour l’ensemble du panel étudié. Pour avoir une idée du nombre de soignants , c’est plutôt le « taux d’encadrement soins » qu’il faut rechercher. Celui-ci se situait entre 0,21 et 0,26 selon le même document.

Mais cela veut dire quoi concrètement ?

C’est sur le site d’un syndicat  dans un article daté du mercredi 29 septembre 2010 et intitulé : « RATIO SOIGNANT / RESIDENT « LE COMPTE N’Y EST PAS ! » , que j’ai trouvé une information plus claire :

Ratio nombre de soignants
0.48 environ 5 soignants pour 10 résidents
entre 0.39 et 0,45 environ 4 soignants pour 10 résidents
entre 0.34 et 0,37 environ 3 soignants pour 10 résidents
 0,23  environ 2 soignants pour 10 résidents

Ces résultats sont donc cohérents avec la moyenne du taux d’encadrement des soins citée dans l’observatoire des EHPAD de 2014 : 0,21-0,26 = 2 soignants pour 10 résidents et avec le discours tenu par mes différents interlocuteurs. Question pour les nuls : A combien de soignants ont droit les résidents quand le taux se situe entre 0,23 et 0,34 ? Quid des taux entre 0,34 et 0,48 ?

Et juste pour comparer le taux global de 0,59 précedent (2014) avec ce qui se disait 3 ans plus tôt, on peut lire dans un communiqué de la Fédération Hospitalière de France (FHF) qu’il salue la préconisation « d’augmenter les taux d’encadrement en établissement en appliquant le volet qualitatif du plan solidarité grand âge. Afin de soigner et d’accompagner dignement les personnes âgées en établissement, les ratios moyens préconisés sont de 1 agent pour un résident de GIR 1 ; 0,84 pour un GIR 2 ; 0,66 pour les GIR 3 ; 0,42 pour un GIR 4 ; 0,25 pour un GIR 5 ; 0,07 pour un GIR 6. »(publié entre novembre 2010 et mai 2012) 

Mais ça c’était avant…

Qu’est-il adevnu du plan Solidarité – Grand Age qui s’est déployé entre 2007 et 2012 ? L’heure est aux économies et comme il faut en faire toujours plus avec moins, depuis janvier, à l’étage où est ma mère, on ne fait plus appel à des intérimaires pour remplacer les soignants de l’après midi en arrêt maladie. La charge de travail passe alors dans cette unité de vie protégée de 1 pour 9 à 1 pour 15. Et la conformité est respectée! Le raisonnement se tient: le coût du remplacement par intérim est élevé. Pourtant si certains intérimaires ne connaissant pas les résidents s’avèrent peu efficaces, d’autres sont vraiment excellents et d’un réel soutien pour l’équipe provisoirement privée d’un de ses membres.

J’ai cessé de m’énerver contre les aides soignantes qui n’avaient pas rangé l’armoire, qui avaient tardé à s’occuper de ma mère, ou omis de lui laver les dents le jour où j’ai trouvé l’aide soignante en poste, au bord de la crise de nerf, seule,  aux prises avec l’ensemble des résidents. Après une sainte colère, la compassion m’est tombée dessus sans prévenir.

La directrice a promis de réorganiser les plannings et de former des agents qui pourront venir renforcer les équipes en cas d’arrêt maladie. La situation semble s’être améliorée, mais il m’arrive encore de trouver l’équipe incomplète. Rien n’est dit, mais les épaules sont plus lourdes, l’humeur maussade et l’épuisement se lit sur les visages. Ne risque-ton pas une augmentation des arrêts maladie et l’installation d’un cercle vicieux ?

Quand à nos chères têtes blanches, elles sont à la merci de ces aléas. A l’étage où réside ma mère selon ce que j’ai pu observer environ 20% des pensionnaires reçoivent des visites régulières (entre tous les jours et 3 fois par semaine), 20% reçoivent des visites de temps en temps (de 1 ou 2 fois par mois à une fois tous les 3 mois), difficile de se rendre vraiment compte du quotidien de leur parent avec ce rythme de visite, mais chaucun fait ce qu’il peut. Personne ne vient voir les 60% restants. Qui peut témoigner de ce qui se passe ?

Là où est ma mère c’est plutôt mieux qu’ailleurs, mais la situation est fragile, on trouve de nombreux témoignages sur la dégradation des conditions de travail et la difficulté des soignants à remplir correctement leur mission, ne pouvant pas consacrer plus de quelques minutes pour la toilette ou le repas:  13 minutes en moyenne pour chaque résident

Que faire ? Etre présent le plus souvent possible, faire appel à la famille si on peut, à des bénévoles, à des auxilliaires de vie extérieures, visiter d’autres maisons de retraite : soit on trouve mieux ailleurs, soit on sait pourquoi on reste.

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